Parentalité

Quand le lien s’effiloche…

Le lien parent / enfant n’est pas aussi instinctif et primal que l’on veut bien vous le faire croire… Il s’acquiert et répond par écho à l’histoire et au vécu du parent en devenir. Et parfois, outre ne pas être nécessairement une sinécure, il peut également devenir pathologique à divers niveaux. Explorons-en quelques uns ensemble.

A la base, comment l’individu se construit ?

Pour comprendre l’adulte, il faut comprendre l’enfant. Un développement dit « équilibré » va s’organiser autour des liens avec ses différentes expériences affectives depuis sa naissance, dans un contexte dit « secure ». Certains diront que tout se joue déjà au moment où les parents imaginent leur enfant, bien avant la conception.

Le premier couple de la vie de l’individu, c’est celui qu’il forme avec sa mère:

Quand il est encore totalement dépendant d’elle, dans une fusion des corps, dans une symbiose. Et c’est de là que tout part. Quand la réponse apportée de la mère à l’enfant est adaptée, qu’elle répond au besoin du bébé, qu’elle apporte du sens, elle renforce la confiance et l’autonomie à acquérir dans les mois et les années futures. On l’appelle le « bon sein ». Quand, au fil des mois, la mère apprend de manière sécurisante à son tout petit que disparaitre de son champ de vision ne signifie pas une disparition définitive, elle permet à son enfant d’intégrer son caractère permanent, et de l’ouvrir à l’exploration et l’autonomisation.

N’oublions pas le père pour autant.

Le papa a un rôle tout aussi indispensable dans la construction psychique de l’individu. Il vient comme tierce personne dans ce couple fusionnel, pour apporter la fonction socialisante de l’échange sain et équilibré, et dans le soutien apporté à la mère, et au foyer au sens plus large. Il complète le travail psychique mis en place par la mère en étant dans la continuité de l’alternance entre les moments de pur bonheur et de satisfaction, et les instants de frustration et de limitation. Se faisant, l’enfant comprend qu’il est SOI en dehors de l’AUTRE.

Quand on met le doigt sur l’équilibre à gagner ainsi dans ce trio qui nait en même temps que l’enfant, on comprend alors qu’il n’est pas si évident, si intuitif, de comprendre quelle est réellement sa place ou son rôle. La mère peut avoir tendance à chercher la fusion durable avec l’enfant, ou le père à déléguer l’aspect tendresse et émotions à la mère. Enfin, ça… Ce sont les clichés habituels.

Parce qu’au final, le rôle du parent est avant tout de permettre à l’enfant de se sentir aimé, digne d’amour, et accompagné avec plus ou moins de distance pour se construire de manière autonome et indépendante, afin de se soucier de son environnement avec empathie et discernement.
Bébé tenu par la main par sa mère
Crédit photo: Guillaume de Germain

Et quand les traumatismes et carences se glissent dans l’histoire?

Il faut distinguer traumatisme et carence.

  • Le Traumatisme relève d’un évènement tellement choquant que toute la structure psychique est ébranlée et s’en voit modifiée. On appelle d’ailleurs cet état de fait une « effraction traumatique » en termes psy. On peut classer dans cette catégorie la violence physique (la maltraitance, les coups, les attouchements, les viols, …) , verbale (dénigrement, humiliation, soumission, …) ou la pression psychique de l’ordre de l’abus (pousser à l’excellence, aimer « trop », étouffer, …). Vous pouvez retrouver une explication sur ma vidéo.
  • La Carence reflète plutôt un manque. Et dans la catégorie des manques, on en a de très évidents: le manque d’amour, de présence, d’attention, de soins, … Mais on en a auxquels l’on pense déjà nettement moins: le manque de liberté, d’autonomie, d’écoute, d’empathie, … Elle peut aussi être consécutive à l’absence d’un des deux parents, à une pathologie d’un des deux parents également (dépendance, maladie physique ou psychique, trouble…).

L’origine des traumatismes et carences est souvent retrouvée dans l’enfance, par un parent, un membre de la famille, qui aurait failli, ou abusé de son rôle. On peut de suite penser à un père ou une mère, mais on y retrouve aussi les oncles / tantes, grands-parents, parfois cousins… Il est trop schématique de se dire que les parents sont seuls responsables de ce risque intra-familial.

Les conséquences de traumatismes et carences peuvent être désastreuses à plusieurs niveaux.

Quels sont les divers troubles qui peuvent être identifiés ?

Chez l’enfant / l’adolescent:

Troubles alimentaires:

Chez le bébé, on pourra constater des problèmes à téter. Soit il n’arrivera pas à s’alimenter suffisamment, soit il s’endormira durant les phase d’alimentation. On pourra aussi se confronter à un enfant qui tourne la tête au moment d’être nourrit, en mode « opposition totale », ou à l’inverse, un enfant qui va ingurgiter sans aucune appétence et finira par régurgiter. Plus grand, on aura des pré-ado ou ado qui seront dans le trop ou le pas assez. On retrouvera de la pulsion alimentaire, de l’hyperphagie, de la boulimie ou de l’anorexie. On peut même potentiellement rencontrer une sélectivité alimentaire très complexe où l’enfant n’acceptera qu’un seul type d’aliment qui, bien sûr, ne suffira pas à son équilibre de santé.

Troubles du langage:

Si l’enfant a manqué d’un environnement où les échanges affectifs et les stimulations linguistiques étaient présents et donnaient du sens, il peut manquer de structure dans sa construction mentale, et donc, dans sa construction verbale, mais aussi dans son articulation. Ce qui peut avoir pour conséquence un « parler bébé » difficile à comprendre.

Troubles du sommeil:

Si vous avez regardé la vidéo concernant les traumatismes, c’est sans doute plus facile à comprendre. Si le traumatisme déclenche des cauchemars, de l’hypervigilance, et des angoisses de séparation, il est évident que la nuit sera moins sereine. On parle de trouble du sommeil seulement quand ces perturbations arrivent brutalement. Sinon, il s’agira d’autre chose qu’il peut être intéressant de creuser (est-ce que le parent qui accompagne l’enfant tous les soirs ne chercherait pas à retrouver une fusion avec lui? A prendre une position de sauveur? A éviter l’intimité avec l’autre parent?).

Troubles de l’apprentissage de la propreté:

L’énurésie nocturne (faire pipi au lit), l’encoprésie (se faire caca dessus) ou une constipation très fréquente sont autant de signes à prendre en compte au-delà d’un certain âge.

On doit bien entendu se pencher sur les causes physiologiques et / ou biologiques avant de penser à un trouble psychique. Mais quand il est constaté que du côté du corps, tout va bien, c’est probablement un signe d’immaturité psychique qui peut être la résultante d’un problème familial.

Chez l’adulte:

Troubles du fonctionnement social:

On regroupe sous cette dénomination un peu barbare tout un lot de troubles caractérisés par une perturbation du fonctionnement social apparue durant l’enfance, mais qui ne présentent pas les caractéristiques d’une difficulté sociale envahissante. Le « non envahissant » est important, car ici, on sera sur des troubles plus légers, plus diffus. On sait qu’ils existent, qu’ils mènent à des problématiques d’adaptation sociale qui peuvent créer un décalage entre l’individu et le groupe, mais qui n’empêcheront pas foncièrement de mener une vie correcte.

Pathologie du lien:

Ce qu’on appelle « psychopathologie du lien », c’est la conséquence de l’impossibilité de l’enfant à créer un lien d’attachement sain. La conséquence chez l’adulte, c’est une mise à distance de l’autre, une forme de retrait émotionnel. Se couper de ses émotions est moins douloureux à cet instant. Différents stades peuvent être constatés:

  • Vigilance excessive: L’adulte obéit plus facilement, se soumet, et c’est encore plus flagrant quand il est face à quelqu’un d’humiliant ou d’abusif, de peur de subir un retour de flammes.
  • Trouble de la séparation: L’adulte ne sait pas gérer les séparations, les ruptures, les conflits, l’abandon ou les deuils, et peut s’enfoncer dans des dépressions violentes et dangereuses.
  • Renversement des rôles: L’autre primera toujours sur soi, parce qu’il faut que cette figure à laquelle on s’attache survive au premier sens de la chose. Du coup, l’adulte dans cette configuration là va se couper de ses émotions propres pour s’ouvrir exclusivement à celle de l’autre.

États limites:

Qu’on appelle aussi Borderline. Ce trouble est bourré de préjugés, du genre « ces gens-là débordent d’égo, cherchent à être vus et remarqués, ont une confiance en eux hallucinante, manipulent leur monde, sont violents ou vivent au travers du conflit…« . Manque de bol… C’est bien plus complexe que ça!

Il n’est pas question d’égo dans ce trouble, mais plutôt de débordement émotionnel. Les émotions comme la Colère, la Frustration ou l’Amour explosent et n’arrivent pas à être contenues, et mènent parfois à un besoin d’auto-mutilation (scarifications par exemple) pour se soulager de la douleur intense qui est ressentie au dedans. Les personnes atteintes ne cherchent pas à être plus visibles ou remarquables. Leurs comportements excessifs sont très lourds pour elles. Le risque est de déclencher des comportements à risques avec addictions (cigarette, drogue, alcool, …), troubles alimentaires (boulimie ou anorexie, hyperphagie, …), ou sexualité débridée.

On estime que 1 à 2% de la population est concernée, et la seule alternative est la prise en charge psychologique, car il est impossible de s’en sortir seul.

La relation à autrui et ses conséquences affectives, cognitives et comportementales…

Quoi qu’il advienne, partir d’une base non sécuritaire parce qu’il y a eu une faille dans la construction psychique laisse des traces. On peut retrouver des marqueurs comme:

  • Une plus grande méfiance ou au contraire, un besoin de se fondre dans une relation, avec une forme de dépendance affective maladive,
  • Une incapacité à faire confiance (et donc à déléguer),
  • Une hypervigilance qui peut mener à une plus grande fatigue générale,
  • Une confiance et une estime de soi qui frôlent le zéro absolu,
  • Une impossibilité à accéder à une sexualité épanouie et bienveillante (peur du sexe, ou au contraire, tendances « déviantes »),
  • Une rigueur et une exigence inhabituelles,
  • Un besoin de contrôle exacerbé, …

Autant de marqueurs qui rendent la sociabilisation et la vie intime excessivement compliquée. On l’a compris, l’enjeu de la sécurisation de l’individu lors des premières années, et donc, de sa construction psychique, dépasse de loin ce que l’on pourrait imaginer de prime abord.

Comment sortir de la crise existentielle ?

Dans le cas où vous réalisez que votre comportement vous semble non adapté en tant qu’adulte, ou que votre enfant souffre d’une certaine symptomatologie, il peut être important de vous rediriger vers une aide extérieure, et plutôt orientée psy. Les thérapies brèves peuvent aider, mais vous devez accepter d’aller vous confronter aux origines profondes du problème, et donc… Au traumatisme ou à la carence.

Pourquoi? Parce que se limiter à dire que « ça va passer », c’est mettre un pansement sur une jambe de bois, et attendre que la plaie s’arrête de saigner. Non, ça ne suffit pas, même si on aimerait très fort que ce soit le cas.

Plus vous travaillerez tôt sur vous, et / ou sur votre enfant, et plus les symptômes diminueront, et plus le retour à la normal sera efficace et durable. Rien n’est jamais éternel, et surtout pas la douleur, quand on est décidé à l’affronter!

Vous vous retrouvez dans cet article, d’un côté ou de l’autre de la barrière, n’attendez plus et contactez-moi pour que nous échangions ensemble!

3 commentaires

  • Julie

    Merci pour cet article tres intéressant ! Du coup je me pose quelques questions : en tant comment faire pour éviter l’apparition de ces carences ? Et surtout, est-ce possible de les éviter complètement ?

    • Marie Anne

      Merci à toi de ce retour. Des carences, il y en aura toujours, quelle que soit l’éducation. Elles seront quasi invisibles quand les choses vont « bien », ou très envahissantes dans les structures familiales qui sont carrément problématiques. Les éviter complètement n’est pas possible, mais on peut travailler sur les conséquences à court, moyen et long terme dès qu’il y a prise de conscience de cet enjeu. Là où c’est encore le plus efficace, c’est quand le constat est fait quand l’enfant est encore jeune, car la structure familiale peut « changer » et évoluer, et l’enfant en même temps, du coup!

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