Parentalité

A trop aimer son enfant…

Le parent hélicoptère

Un terme bien surprenant tiens… Hélicoptère? Un parent qui vole? Non, un parent qui survole. Au-dessus de ses enfants, de leur univers, de leurs besoins, de leurs envies. Tellement pratique d’ainsi avoir une vision « high level » des émotions de son enfant pour y répondre au mieux, avant même que celui-ci n’en ai pris conscience!

Pratique? Vraiment? Pour qui? L’enfant ou le parent?

Clairement, dans l’affaire, c’est le parent qui en profite le plus. Pour un principe simple: il se met dans la position du sauveur! Petit rappel nécessaire sur le Triangle de Karpman? OK je vous invite à jeter un œil sur ma vidéo qui traite du sujet, ce sera plus simple et moins barbant que de lire pour sûr!

Et oui, quelque part, c’est quand même bien plus valorisant de dire à son enfant qu’on sait mieux que lui ce qui est bon pour lui, d’anticiper le besoin pour y répondre avant même qu’il ne naisse, de faciliter sa vie au maximum, et toujours… toujours par amour.

Car il est vrai que le parent hélicoptère aime profondément ses enfants. Il les couve, les nourrit de tendresse et d’affection. Au point que le parent essaie même de devenir l’ami plutôt que le parent, parce que le parent punit, et que l’ami conseille dans la bienveillance.

Mais pourquoi devient-on parent hélicoptère?

Pour plusieurs raisons, et l’éducation du parent y participe bien moins que ce que l’on pourrait croire!

Le premier facteur est cette volonté profonde d’avoir une proximité privilégiée avec son enfant.

Inconsciemment pour avoir accès plus facilement à son jardin personnel et ne passer à côté d’aucun risque, aucun danger, aucun secret. Et consciemment, parce que cette proximité alimente un besoin d’amour profond des deux côtés.

On y retrouve généralement des parents ayant été des enfants un peu délaissés, mis de côtés, pas nécessairement désirés, noyés dans une grande fratrie ou avec un parent absent, qui sont carencés en tendresse et en attention, et qui souhaite offrir à leur progéniture l’amour qu’ils n’auront pas reçu eux même.

Le second est que nous vivons désormais dans une société qui alimente en peurs les individus.

Sociopathes, pédophiles, violence quotidienne et crimes divers et variés, sans parler des virus… Tout cela nourrit le parent sur cette angoisse qu’il arrive malheur à son enfant. De ce postulat, il semble facile de mettre en lumière la peur de la mort et de l’échec du parent. Si l’on enferme dans une bulle stérile son enfant, plus de risques, plus de danger, plus de craintes… Mais uniquement pour le parent.

Pour peu que le parent ait lui même connu une forme de violence étant enfant (violence domestique, accident, décès prématurés dans la famille), il verra ses angoisses remonter et prendre le dessus, déclenchant ce besoin de sécurité important.

Le troisième enfin est le développement sociétal de ce besoin de réussir.

Il s’agit bien entendu de la réussite de l’enfant qui lui permettrait théoriquement de mieux s’orienter dans la vie, et de pouvoir accéder au bonheur, mais aussi, encore une fois, inconsciemment, de celle du parent qui aura créé un individu qui reflète la réussite sociale, le respect des valeurs, et qui sera « mieux que les autres » grâce à lui!

Si le parent a lui-même expérimenté cette pression parentale sur ses performances scolaires, son comportement ou ses erreurs, il sera d’autant plus exigeant quand à la réussite de ses enfants qui, pour le coup, sera une revanche sur sa vie.

Père qui tient ses enfants dans les bras
Crédit photo: Juliane Liebermann

Et alors, être un parent hélicoptère, c’est aimer son enfant, non?

Ah ça, ça ne fait aucun doute! Le parent hélicoptère l’aime profondément, intensément, sans aucune limite cet enfant. Et de l’extérieur, effectivement, qui pourrait lui reprocher de s’en faire pour son tout petit? C’est inhérent à l’état de parent que de s’inquiéter et de vouloir aider son enfant. Mais…

Lorsque l’autre parent relève cette tendance à surprotéger, ou surinvestir son rôle d’éducateur selon ses contraintes et ses règles (car le couple parental est rarement sujet à cette tendance, on retrouve majoritairement le problème chez un seul des deux parents), le clash est quasi assuré. En résultent malheureusement, la plupart du temps, des séparations et divorces qui renforcent le contrôle du parent hélicoptère sur l’enfant qui se retrouve seul avec ce parent. Si l’on rajoute un conflit de loyauté exacerbé par cette idée de l’enfant qu’il n’a pas le droit de s’opposer au parent ou de montrer un quelconque besoin d’indépendance, au risque de briser le cœur de son parent, là, vous obtenez le combo gagnant!

Mais les dégâts peuvent être réels et sérieux sur la confiance en soi.

Commençons par parler de l’utilité de dire NON. La frustration n’est pas un gros mot, au contraire, c’est aussi un moyen subtil mais efficace de donner des armes à son enfant. Un NON est déjà une preuve d’amour en soi. Quand l’enfant se heurte à ce mot, il comprend le concept de limite. Et la limite assure une forme de contrôle. Et on le sait tous, le contrôle rassure.

Il n’est pas sous tendu dans mon article qu’il faille dire NON à toutes les sauces et avant même que la question soit posée. Mais il est essentiel que chacun garde son rôle et sa place. La frustration participe à la construction psychique de l’individu. S’il ne l’expérimente pas, il ne peut pas gagner sereinement en confiance en soi, en ouverture d’esprit et en estime.

Quand le parent ainsi positionné au dessus de son enfant, et plus à côté, prend les devants dans sa vie, en s’insinuant progressivement dans tous ses aspects, même les plus intimes, il empêche l’enfant de réfléchir et de penser par lui-même, finissant par croire qu’il ne sera jamais capable de faire aussi bien que son parent. Et presque… « Heureusement que Papa / Maman est là, sinon je serai perdu ». On peut alors mettre un mot qui est lourd de sens sur cette attitude: l’ABUS!

Si la confiance en lui n’existe pas, il a de fortes chances de tomber, à un moment ou à un autre, dans une forme de dépression pouvant aller jusqu’à des tendances suicidaires avérées et dramatiques. Puisque le parent hélicoptère lui laissait entendre qu’il n’avait jamais confiance, il a considéré que c’était lui le problème, alors qu’en réalité, c’est l’environnement au sens large le problème du parent.

Abordons également les dérivatifs…

Car le manque de confiance est une chose, mais le manque d’estime également…

Quand l’enfant, couvé, protégé, et bien malgré le parent, isolé, doit faire face au monde qui l’entoure en réalisant qu’il se confronte à des codes qu’il ne connait pas, il réalise qu’il n’a pas nécessairement les armes pour faire face… Ce peut être effrayant de devoir se heurter à toute une société qui n’a pas été aux faits de notre éducation, et qui ne se privera pas pour nous rappeler que ce n’est pas à elle de s’adapter à nous, mais bien l’inverse. Quand on a l’habitude que le parent prenne nos RDV, lave notre linge, remplisse notre frigo, contacte les divers organismes pour nous, comment pourrions-nous avoir ces réflexes d’indépendance?

Face à ce constat, l’enfant qui devient jeune adulte voit naître des angoisses difficiles à gérer, et un sentiment d’injustice, de colère, d’incompréhension. C’est là que se joue le risque de l’utilisation de dérivatifs pour transférer ces émotions sur d’autres choses qui cacheront le problème. Alcool, cigarette, drogue, médicaments, nourriture, tout y passe. Certains dérivatifs seront mieux acceptés par la société que d’autres, et pourront installer dans la vie du jeune adulte des conduites à risques devenant habitudes. On retrouvera également une tendance à la dépendance affective. S’il est impossible de s’en sortir seul, il faudra bien trouver quelqu’un pour jouer le rôle du sauveur si bien endossé par le parent.

Le parent, devant cet état incompréhensible de son enfant, risque lui aussi, de sombrer dans la culpabilité, la remise en question, et la sensation d’échec.

Oui mais comment sortir de cet état de fait?

En se faisant accompagner. Lorsque le parent hélicoptère se confronte à quelqu’un qui met le doigt sur ce qui ne va pas, son premier réflexe est de rejeter en bloc. Personne ne peut le comprendre, personne ne sait à quel point il aime ses petits, à quel point il ne fait ça que pour les protéger, tous ceux qui s’opposent à cela sont des manipulateurs qui vont tenter potentiellement de leur faire du mal, ou de leur enlever leurs enfants.

C’est par un accompagnement thérapeutique adapté que l’on arrive à mettre en forme une certaine rééducation de la pensée du parent, en lui démontrant les risques qu’il fait prendre à son enfant par son comportement (rappelons qu’il déteste les risques et les dangers pour sa progéniture), et de l’enfant qui va progressivement oser, tenter, explorer, se sociabiliser aussi, et réapprendre quelle est sa place d’enfant, avec toute l’insouciance d’une cour de récréation bourdonnant de chutes, de cascades et de courses folles en tous genres.

Si vous vous retrouvez dans cette approche, si vous sentez que vous avez besoin d’échanger, d’en parler, n’hésitez pas, et prenez RDV dès à présent.

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